Les yeux de la terre

Textes de Pablo Neruda, Georges Perec,

Francis Ponge, Bruno Jouhet, Jean Foucault,

Maria Victoria de Alonso

 

 

avec

Marie Lopès

 

Installation

Raoul Cortes Castaneda

 

 

 

 

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Les métamorphoses de la pomme de terre

 

Trop simple, associée au banal, au vulgaire, au pauvre, la pomme de terre confine ordinairement au ridicule ou au mépris.

 

L’oeil de l’artiste y voit cependant une richesse infinie de formes. Absurde, biscornue, mais prodigieusement  sensuelle, généreuse, maternelle, en même temps qu’abstraite ou rêveuse. Ses corps multiples invitent au sublime et au monstrueux; elle est une porte vers notre inconscient, vers l’imaginaire.
Où la patate, dépourvue d’angles, aux rondeurs indéterminées, invite au mystère, à la métaphysique et à l’Amour...


Raúl Cortes Castañeda, plasticien, expérimente sans cesse de nouvelles créations à partir de matériaux naturels, végétaux ou minéraux. En s’intéressant à la pomme de terre, il joue sur ses différentes couleurs, formes, dimensions. Il choisit ses spécimens, garde leur forme d’origine, ou les modèle, les
sculpte, les assemble. Avec le temps certaines de ces bizarreries de la nature se transforment, se dotent de nouveaux “yeux”, se flétrissent, changent de robe. A la rencontre d’un nouvel espace, l’artiste les suspend à des fils de nylon, joue sur les vides et les hauteurs, et les dispose de manière à former comme une constellation, comme autant de planètes à la fois semblables et différenciées.


Les richesses de la patate n’ont pas échappés aux poètes : Marie Lopes s’en fait l’écho dans un choix de textes drôles, sensuels, ou politiques . Elle écoute, observe, fait rebondir les sons, dialoguer les objets avec l’espace. Sous nos yeux, elle insufle aux tubercules l’âme en même temps que les mots. Jouée et jouant avec les mondes mobiles de Castañeda, la comédienne embrasse toutes leurs métamorphoses. Au centre de cet univers, c’est elle la force de gravitation qui le met en mouvement, le bouscule, l’agite, le fait danser. D’un souffle, d’un frôlement, d’un mot...

 

 

Extraits

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

«… Il semble, à reconnaître la perfection du fruit nu, sa
différence, sa ressemblance, sa surprise — et la facilité
de l’opération — que l’on ait accompli là quelque chose
de juste, dès longtemps prévu et souhaité par la nature,
que l’on a eu toutefois le mérite d’exaucer... »


Francis Ponge

« …Elle s’invite dans les cocktails, parmi
les robes de soirée, entre les verres
sirotés et taquine en amuse-gueule les
doubles mentons congestionnés. Elle se
fait nymphette, Lolita en cavale au coeur
de tulle effeuillé, croustillante, croquante
et craquante à souhait dans la marée des
bavardages, des libidos cachées et des
regards obliques…. »


Bruno Jouhet

« Bientôt les habitants de cette
cordillère découvrirent le fruit qu’ils
appelèrent papa, en l’honneur d’un
dieu appelé Chiminigagua, qui étant
le dieu de l’univers, était sorti de
l’obscurité et leur avait laissé ce
trésor grâce auquel ils ne souffriraient
plus jamais de la faim… »


Maria Victoria de Alonso

« …Délice universel
tu n’attendais pas
mon chant,
parce que tu es sourde
et aveugle
et enterrée.
À peine
parles-tu en enfer
de l’huile
ou chantes-tu
dans les fritures des ports,
près des guitares,
silencieuse,
farine de la nuit
souterraine,
trésor inépuisable
des peuples…. »


Pablo Neruda

« Compère qu’as tu vu ?
Ah j’ai vu j’ai vu
Une patat’ comm’ trois pommes
A cheval sur un dromadaire
Dans un désert culinaire.
Compère vous mentez… »


Jean Foucault

« …Enfin, Parmentier vint
et son énergique conviction
finit par triompher de tous
les obstacles ... »


Georges Perec